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Alors,
 
mon père remuait la sciure qui tapissait le fond de sa boîte en plastique.
Y attraper l’asticot le plus vivace.
Enfiler le petit ver à son hameçon sans l’écraser. 
Concentré. 
Chaque geste était celui d’un virtuose de l’évidence.
Vérifier le placement des plombs sur la ligne et placer le bouchon à la bonne hauteur.
Plus tard, j’ai vu des chirurgiens oeuvrer dans des opérations délicates 
et je n’ai pas pu leur en vouloir d’avoir volé le regard recueilli de papa.
Moi, je l’accompagnais en silence, retenant mon souffle.
J’attendais son lancé dans ma tour de contrôle.
Voilà !
Ernest envoie sa ligne comme on jette une prière à l’espoir.


Maintenant,

J’ai vingt-six asticots en forme d’alphabet 
et mes plombs sont des ponctuations que je glisse sur mes lignes.
La page est ma rivière et je me jette à l’eau.
Le courant de ma vie a été tumultueux et dans ce torrent qui m’a réalisé, 
je pisse mon âme à travers mes doigts d’encre.
Je ne veux plus me débattre au-dedans.
Ne plus être dans le flux.  Le devenir.
Je veux juste m’asseoir à côté de mon enfance 
où mes plus beaux souvenirs sont tatoués dans des typos.
Emotif.  
Sensible. 
La tête dans les oiseaux qui reviennent des nuages.
Est-ce cela être écrivain ?
A moins que je ne sois émo-Phil ?…  Ou et mots Phil, un truc dans le genre.

En tout cas, ça saigne des lettres et plus ça saigne…

                                                                               plus je suis vivant.